Les retraites solitaires pour pratiquer la méditation ont jalonné mon parcours spirituel. Chacune a été différente et je peux me rappeler d’événements si ordinaires, de couleurs, d’odeurs… tout prend tellement d’importance dans un contexte où il ne se passe rien d’autre que d’apprendre à vivre avec son esprit.

Une chose essentielle que Patricia raconte très bien ci-dessous est l’importance de l’organisation de l’espace et du planning.

Appliquer ces consignes simplissimes de pleine conscience à notre vie confinée est un réel cadeau que je savoure chaque jour.

Merci !

Patricia Ullman

« Il y avait un article dans Mother Jones la semaine dernière concernant un homme du nom de Keith. Il a passé 27 ans en confinement solitaire. Dans cette prison en Ohio, il est en isolement pendant 23 heures par jour. Il vit dans un très petit espace avec une toute petite fente comme fenêtre. C’est une interview incroyable sur la façon dont il a pu rester sain dans des conditions si inhumaines. Il résume tout cela en disant : « vous devez apprendre à vivre avec vous-même ».

Analogie Coronvirus / Retraite :

En général, on fait tout notre possible pour éviter de se confronter soi-même. Et cela est encore plus difficile lorsque l’on est coupé de nos sources habituelles de divertissement. « Divertissement » ici signifie n’importe quel moyen que nous utilisons pour nous distraire de soi-même. Comme le dit Keith «  Etre en confinement solitaire, c’est en fait être jeté contre soi ! ». Cela peut être terrifiant si l’on n’est pas habitué. Une réaction naturelle peut être de remplir le temps et l’espace vide avec tout ce qui est disponible. Avec par exemple, internet, la télévision, la nourriture, l’alcool, la drogue et même des pensées négatives. Une connaissance est allée en prison dans les années 80. Cette personne raconte que pendant les premiers 6 mois de ses longues années de captivité, il n’a rien pu faire d’autre que manger et regarder la télé. Ensuite, il a réalisé qu’il ne pourrait pas vivre ainsi pour toujours. Il a alors transformé sa vie en méditant et en aidant à l’hospice de la prison.

L’ennui…

En d’autres termes, nous devons créer une relation amicale avec l’ennui auquel nous essayons habituellement d’échapper. Pendant une retraite solitaire, nous sommes confrontés à ce genre d’ennui, que la pratique de la méditation intensifie.  Nous sommes assis là, toute la journée à regarder notre esprit de différentes façons. Cela est à la fois rafraîchissant et bouleversant, fastidieux et terrifiant, paisible et troublant.

Je pense que de nombreuses personnes souffrent de cette distanciation sociale, physique. C’est une nouvelle et très difficile expérience d’être seul.e jour après jour, semaine après semaine ; chargé du poids de l’incertitude de la durée de ce confinement. Et en plus inquiet pour sa santé, celle de nos proches et de la planète entière.

L’instruction générale pour la méditation comme les retraites est «  pas trop serré, pas trop lâche ». Ce doux équilibre de patience et d’effort est comme les  cordes d’un instrument, qui pourraient se rompre si on les serrait trop fort, mais aussi qui ne joueraient pas de musique si elles étaient trop relâchées. Alors notre niveau de tension idéal nous permet d’être à la fois doux et stable, détendu et vigilant. Un sens de l’humour est essentiel, ne pas se prendre trop au sérieux concernant ce que l’on « doit » être.

Penser à ce que l’on peut faire dans ce nouveau monde étrange et stressant peut vous aider à traverser une nouvelle journée et aussi à changer vos habitudes. (ce qui arrive de toute façon qu’on le veuille ou non !).

Trucs simples pour le confinement :

* Organisez votre espace pour vous encourager à faire des choses qui vous nourrissent, comme une activité artistique, parler avec des amis, ou regarder des films. Si vous travaillez à la maison, essayez de créer une séparation entre l’endroit où vous travaillez et celui pour le reste. (Voir mon article précédent sur Instructions de retraite : entrée).

* Soyez attentif.ve à vos sensations, tout simplement, arrêtez-vous, respirez et regardez, ressentez. (Voir mon article, L’amour en cette période de corona) Pratiquez la méditation de pleine conscience (ou autre) si vous pouvez.

* Faîtes quelque chose pour quelqu’un d’autre : un appel, un email, une carte, une course, ou autre chose que vous pouvez accomplir. Comme le disait un de mes Maitre : «  si vous voulez vous sentir misérable, pensez à vous. Si vous voulez être heureux, pensez aux autres. »

* Avec intention, portez attention à votre sommeil, votre alimentation et détendez-vous, sans vous pousser à être parfait. Traitez-vous comme si vous preniez soin d’une personne que vous aimez et à laquelle vous tenez vraiment.

* Et le plus important : ne vous jugez pas pour quoi que ce soit, parce qu’il y aura de belles journées et de bons moments, et des jours où vous aurez besoin seulement vous recroqueviller et avaler des séries, ou manger un peu trop, ou ne pas avoir envie de faire d’exercices… Chaque jour est différent.

* Pensez à demander de l’aide auprès d’un ami ou d’un thérapeute si vous vous sentez submergé.e. Nous sommes tous ensemble face à cela. »

© Patricia Ullman 2019

Traduction Laurence Francqueville