L’impermanence ! C’est la toile de fond de notre humanité, l’homme est mortel ! Et tout d’ailleurs l’est ! Et si c’était cela d’ailleurs la beauté de la vie. De ne pas durer ? Pourquoi cultive-t-on la magie de l’instant présent ?

C’est l’erreur ultime de notre société actuelle, tout est mis en place pour oublier l’impermanence. Et l’on fini même par y croire. Pourtant non, rien n’est éternel ! Malgré les avancées technologiques et scientifiques. Malgré le succès de la lutte contre le vieillissement. On peut continuer à jouer avec la mort. Penser que tout est définitif ! Que tout est taillé dans le marbre. Se faire refaire le corps. Mentir sur son âge. Chercher l’éternelle jeunesse. Capitaliser. Entasser. Amasser… Tout meure un jour !

Et pourtant, cela aussi est la bonne nouvelle ! Tout peut changer l’espace d’un instant. En un claquement de doigt, tout s’effondre. Et l’inverse aussi ! Comme le racontent certains ex-malades atteints du Covid-19 : « Après des nuits infernales à frôler la mort, glacé par la fièvre, affolé par les hallucinations, un matin on se réveille et tout est fini ! » Les cauchemars aussi prennent fin.

C’est ce qui nous est proposé dans la magie ordinaire de chaque instant. C’est ce à quoi nous sommes invités pendant ce confinement. Oublier notre espace réduit et nos limites physiques. L’esprit est illimité. Et chaque instant est à savourer. Retrouvons la simplicité de l’être.

Et comme les routines m’aident à conserver un esprit serein, je continue à traduire les posts de mon amie américaine, confinée à Washington. Enseignante de méditation, pratiquante depuis plus de 40 ans. Merci Patricia Ullman de me remémorer cette pratique de contemplation, simple et puissante.

Vous êtes bienvenu.e pour me contacter si vous aviez besoin d’une instruction de méditation, des conseils ou simplement envie d’échanger sur votre expérience avec votre esprit.

Tout change !

« Quand on demande à un enseignant bouddhiste de résumer l’essence de sa tradition en un mot ou une phrase,  la réponse la plus courante est « Tout change. »

Pratique de la contemplation.

Dans la série des enseignements appelée « Les quatre rappels », ou « les quatre pensées pour tourner l’esprit vers le Dharma », cette Vérité côtoie la préciosité éphémère de la vie humaine, la loi de la cause et de l’effet, et l’inéluctabilité de la souffrance dans cette vie conditionnée dans laquelle nous nous trouvons.

Pour tourner leur esprit vers l’essence de ces quatre vérités fondamentales, les bouddhistes les contemplent encore et encore. Ceci leur évite de se tourner vers des tactiques de fuite. Pour paraphraser la contemplation sur l’impermanence : « La vie des êtres est comme une bulle/ La mort vient sans avertissement, ce corps sera un cadavre /  à ce moment-là la Vérité sera mon seul soutien / Je dois m’entraîner à réaliser ceci. »

Un de mes Maîtres appelait ces quatre contemplations : «  Les faits de la vie. » Ce ne sont pas des croyances religieuses auxquelles on doit croire avec foi ; elles sont vraies, tout simplement. Nos vies sont plus riches si on les regarde directement.

La contemplation sur la mort ne concerne pas seulement sa propre mort, mais l’impermanence de toute chose. Rien ne dure pour toujours, c’est ainsi. Depuis le moment de notre conception jusqu’au moment de notre mort, nos corps grandissent et se transforment à tous les niveaux. Cela nous convient jusqu’au moment où l’on devient plus vieux, submergés par un sentiment de crainte de la perte imminente de notre santé et de notre vie.

Le détachement.

Les saisons vont et viennent, nos bien-aimés et connaissances nous quittent, les objets que nous apprécions se brisent, se perdent jusqu’à les laisser lorsque nous mourons.  Même les montagnes, le système solaire ne durent pas éternellement. Alors aujourd’hui nous expérimentons plus intimement la temporalité de notre société. En effet, que cela dure une génération, quelques centaines d’années ou des milliers, tout se transformera finalement en autre chose avant de disparaître. Au mieux cela laissera quelque mystère archéologique qui se dissoudra également.

C’est cela que nous vivons actuellement, un éveil douloureux à l’inéluctable perte du monde tel qu’on le connait. Privilégiés, nous avons cru à tort que certaines choses allaient perdurer, voir notre famille et nos ami.es, aller faire nos courses, et vivre de nos économies. Ceux d’entre nous dans le luxe de la sécurité, avec une connexion internet, de l’électricité et de l’eau, et au moins assez d’argent pour survivre en ce moment ; peuvent malgré nos lourds sentiments de tristesse et de perte, éprouver de la complaisance à propos de la préciosité de ces choses.  Cependant, nous devons rester vigilants, parce que tout change.

Et au milieu de ceci, pourtant, il est évident que les êtres humains partagent un profond sentiment de connexion et une urgence inhérente pas seulement à survivre mais aussi à être créatifs et à se connecter  les uns aux autres. Parfois cela peut être recouvert par la cupidité, l’agression et d’autres dysfonctionnements basés sur la peur, à la fois personnelle et sociétale.

La bonté fondamentale.

Ainsi, nous pouvons chercher la bonté en nous-mêmes et en l’autre, et réaliser de plus en plus comme ce désastre nous lie et nous rassemble en tant que communauté humaine.

Alors, en cette période de tristesse effrayante et d’incertitude, vous pouvez contempler ce que vous avez et ce que vous faîtes qui vous procure de l’énergie et de la joie. Vous pouvez délibérément être gentil, ce qui vous sort de votre histoire négative et vous rappeler de votre propre force et puissance à aider quelqu’un à se sentir mieux.

Oui, vous pouvez penser aux choses et aux personnes chères et réaliser votre chance et votre gratitude. Vous pouvez tourner votre esprit vers la Vérité éternelle de la bonté humaine.

Cela n’est pas conçu pour recouvrir la douleur du changement, mais pour détourner l’attention de la négativité. Il y a une autre histoire, dans la réalité il existe autre chose que la méchanceté. Et comme le disait Martin Luther King « La mesure ultime d’un homme n’est pas lorsqu’il se tient en des périodes de confort et de commodité, mais quand il se dresse en des moments de défi et de controverse. » En ces temps dramatiques, nous pouvons nous rappeler de célébrer notre bonté et celle de tous les êtres vivants. »

© Patricia Ullman 2019

Traduction Laurence Francqueville